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Le gros dossier

Milton Glaser

Milton Glaser
Trente ans que l’on n’avait pas vu les œuvres de Milton Glaser dans notre chère capitale des arts. C’est l’indispensable galerie Martel qui remédie à cette faute de goût en montrant une belle série de dessins originaux. Pour cette occasion, le célèbre graphiste New-Yorkais, créateur du logo « I love NY » a bien voulu répondre à quelques unes de nos questions. Milton in his own words !

Pour la première fois depuis 1977, vos travaux sont exposés à Paris. C’est un événement pour les amateurs de graphisme et d’art en général. Mais, pour vous, qu’est-ce que cela signifie d’être exposé en France ?
M.G. : au fil des ans, j’ai travaillé pour des magazines et journaux français comme Le Figaro, L’Express et Jardin des modes. Dans les années 1970, une exposition du Push Pin Studio a été organisée au Louvre dans le musée des Arts Décoratifs. Elle fût très importante, offrant une vision différente de ce que le graphisme pourrait être. J’ai passé plusieurs années à Paris avec mon bon ami Jean-Michel Folon. Et l’un des événements les plus tristes de ma vie fut sa mort, il y a plusieurs années. En dehors de cela, à la fois sur le plan professionnel et personnel, Paris est le lieu idéal pour l’imagination et les plaisirs de la vie.

Quels souvenirs gardez-vous de vos travaux pour la presse française (Le Figaro, L’Express…) ?
M.G. : à la presse française, j’ai essayé d’apporter une sensibilité américaine. Quelques réalisations furent « culturellement » réussies, d’autres moins. Les travaux pour L’Express, Lire et Le Jardin des modes furent peut-être les plus réussis.

L’affiche de Bob Dylan et le logo « I Love NY » ont dépassé le simple cadre des arts graphiques, en devenant de véritables icônes populaires ! Pouvez-vous nous dire comment vous avez créé ce poster et ce logo ?
M.G. : le poster de Dylan fût une commande de Columbia Records, à l’occasion du dernier album de l’artiste pour cette maison de disques. C’était une travail très simple pour lequel je me suis inspiré d’un autoportrait de Marcel Duchamp. Six millions de copies ont circulé, insérées dans les albums. Et on peut en trouver aujourd’hui sur le net à des prix allant de 17 à 600 dollars. Telle est la mutabilité de l’art. Le logo « I Love New York » provient directement des mots. C’est un puzzle. « I » est un mot, le cœur symbolise l’émotion, et NY sont les initiales d’un lieu. Le fait que les gens doivent résoudre ce puzzle rend cette image marquante. Autrement, il n’y a rien qui puisse expliquer sa popularité.

Qu’est-ce qui vous inspire en général ? Les gens ? Les grands peintres ? La nature ?
M.G. : je suis inspiré par l’histoire des hommes, par les gens que je connais et admire, et par les événements de tous les jours. Ainsi, la manière qu’a la lumière de tomber sur un dessus de table… La vérité est que tout inspire quand vous y prêtez attention.

Vous travaillez sur plusieurs supports : livres, magazines, affiches… avec des styles différents et variés. Que préférez- vous ?
M.G. : je n’ai pas de style favori. J’ai été beaucoup influencé par Picasso, qui était fier de ne pas avoir de style. Le style est simplement la manière par laquelle les idées sont mises en forme. Vous changez l’idée, vous changez de style.

L’humour est très présent dans vos œuvres. Est-ce parce que c’est la meilleure façon de communiquer ?
M.G. : je pense que l’humour aide très souvent les idées à pénétrer dans la conscience des gens. Bien sûr, la blague doit être drôle. Une mauvaise blague ne vaut rien, sauf comme objet ridicule.

Vous avez influencé plusieurs générations de graphistes et d’artistes. Que vous disent-ils la plupart du temps quand ils vous rencontrent ?
M.G. :  très souvent, un jeune (et ces derniers temps, pas si jeune) graphiste me dit : « Vous êtes la raison pour laquelle je me suis lancé dans le graphisme. » Je ne suis pas sûr de vouloir assumer cette responsabilité, dans de nombreux cas.

Quels sont les artistes ou graphistes qui ont retenu votre attention ces dernières années ?
M.G. : il y en a beaucoup que j’admire à travers l’histoire, et tout autour du monde. Si je commence à les citer, j’ai peur que la liste soit sans fin… et je suis certain d’en oublier beaucoup trop ! Le graphisme est une pratique qui dépend de l’influence et de l’admiration.  

Propos recueillis par mail par Laurent Assuid
Exposition Milton Glaser à la galerie Martel jusqu’au samedi 30 mai.

(17, rue martel, Paris 10, ouverture de 14h30 à 19h, du mardi au samedi, tél. 01 42 46 35 09)
site web de la Galerie Martel

Publié le samedi 16 mai 2009

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